Marc Bernard
& Jean Paulhan
Correspondance
1928-1968

  « Si les hommes s’entendaient parfaitement sur les choses,
il n’y aurait pas d’écrivains. »

n 1928, un autodidacte de 28 ans adresse à La NRF le manuscrit d’un roman, Zig-Zag. L’auteur, abandonné par son père, a couru les rues d’une très vieille ville du Midi pour y épier la vie et l’amour, a perdu sa mère à 12 ans et a dû faire toutes sortes de petits métiers pour survivre. Il est passé aussi par syndicalisme, le Parti communiste et vient de faire son entrée à Monde, hebdomadaire de gauche dirigé par Henri Barbusse… «Considérez-vous comme accueilli à la nrf », lui répond d’emblée Jean Paulhan.
Il est vrai que Jean Paulhan et Marc Bernard sont nés à Nîmes à seize ans de distance: 1884 et 1900. Le premier, dès 12 ans, a été emmené vers Paris par son père, bibliothécaire et philosophe, et ne retrouve le Gard de son enfance que de loin en loin. Le second est presque prisonnier de sa ville natale, vers où les difficultés matérielles, les contraintes de l’Histoire, mais aussi le goût de la vie simple le font toujours revenir: même après ses prix Interallié en 1934 (Anny), Goncourt en 1942 (Pareils à des enfants), Marc Bernard garde en ligne de mire les Nîmois, dont il observe les ambitions et les illusions (Les Exilés, 1939 ; La Cendre, 1949 ; Une journée toute simple, 1950).
A Paulhan qui lui avoue « je donnerais cher pour qu’il y ait beaucoup de révolutionnaires comme toi », il ne cache guère certaines conversions radicales: «Je crois qu’il faut en finir avec ce chantage sentimental sur la Russie. Il ne leur reste plus qu’à accumuler toutes les saloperies possibles et imaginables pour dire ensuite: si vous publiez la moindre ligne contre nous, vous attaquez la révolution.» Passent Romain Rolland, Louis Aragon, Henri Calet, Jean Blanzat, Jacques Chardonne, Gaston Gallimard… Viennent Madrid et Barcelone dans les années trente, puis la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle les errements de Bernard sont patiemment raisonnés par Paulhan. Avec sa « bien-aimée » Else, juive autrichienne, Marc Bernard doit se cacher en Limousin, où il se lie avec le photographe Izis : les portraits que celui-ci réalise en 1945 figurent dans ce livre (grâce à son fils, Manuel Bidermanas).
«Mon petit Marc», «Mon petit Jean»: c’est ainsi que les deux écrivains s’interpellent encore à 84 ans et 68 ans passés. Le plus âgé n’a jamais renoncé à être le conseiller littéraire de l’autre, qui, de son côté, l’a toujours lu avec attention: «c’est terrible, ces grands sujets, écrit Jean Paulhan en janvier 1965. Il me semble que les gens modestes (comme nous) devraient se demander, avant de se lancer: “Mais moi, qu’est-ce que je puis apporter de différent, que je sois seul à dire?” et n’en pas démordre

Toutes leurs lettres n’ont pas été retrouvées, mais les 461 présentées ici montrent la courbe de leur amitié : une amitié différente, et qu’ils ont été les seuls à dire ainsi.

Édition établie, présentée et annotée par Christian Liger (†), complétée et achevée par Guillaume Louet.
Collection «Correspondances de Jean Paulhan».
461 lettres.
37 photographies et fac-similés en couleurs et noir & blanc. Index des Personnes citées. Index des Titres cités.
Tirage : 500 ex., sur papier Olin ivoire 90 gr., sous couverture rempliée Woodstock Blu intenso 225 gr. (des papeteries Fedrigoni).
Parution : 29 novembre 2013.
Format : 13 x 21,5 cm.
464 pages.
Prix de vente public: 45 euros.
Isbn : 978-2-912222-44-2


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