Mireille Havet
Journal 1929

  «Peut-être suis-je morte ? Suicidée il y a quelques mois.»

« 30 ans est l’âge qui châtie, l’âge du châtiment, ou plus précisément de l’expiation des crimes et fautes diverses commises dans ces dix années d’intervalle, qui sont, de toutes manières, les plus belles indiscutablement de la vie humaine. Dix années de faveur nous sont ainsi octroyées avec une générosité magnifique d’apparence, mais une cruauté effroyable au fond, dès le début de notre vie personnelle, pour la première fois dégagée des parents et de l’enfance pour notre plus grand bonheur, croyons-nous alors, avant que nous ne connaissions rien des lois de cette vie, avant que nous ayons pu acquérir la moindre prudence et méfiance pour nous guider et nous prévenir, avant que nous soupçonnions la mort et les horreurs peut-être supérieures de l’amour, quand nous ignorions totalement ce qui nous menace. Dix années de bonheur avant toutes les années, innombrables celles-là, du Malheur. De vingt ans à trente, nous avons tout pour nous. La jeunesse qui pare et sauve tout nous sert d’excuse et d’alibi en tout, la beauté due à notre fraîcheur et notre enthousiasme perpétuel, la confiance, l’audace, le courage sans mérite réel, puisque nous ne concevons pas le danger, enfin le charme irrésistible et prépondérant de ce temps de grâce, et l’affreuse illusion que nous sommes invincibles et réussirons désormais en tout. Avec de tels atouts et de si fausses données, il est presque inévitable de ne pas courir à sa perte et de ne pas préparer (de gaieté de cœur) son châtiment pour les années futures. C’est ce que j’ai fait d’une façon éclatante. Et c’est ce drame inconscient que relatent jour après jour les notes effroyablement sincères et naïves de mes quinze cahiers de cuir. Je ne savais pas ce que j’écrivais, peut-on dire réellement, et maintenant j’ai entre les mains un document d’une valeur unique pour moi, éblouissant, d’une logique implacable, et où tous les événements s’enchaînent sans une seule contradiction. […]
30 ans ! L’âge où j’ai exactement perdu tout ce que je possédais à 20 ans. J’ai mis dix ans à me défaire de mes privilèges et de mon patrimoine, dix ans à me détruire, m’appauvrir et m’anéantir en tout et pour tout, dirait-on, pour toujours. »

29 juin 1929

Édition établie par Pierre Plateau, annotée par Roland Æschimann, Claire Paulhan, Pierre Plateau & Dominique Tiry, présentée par Roland Æschimann.



• Collection «Pour Mémoire».
• Portfolio : 29 illustrations n. & bl. Annexes et Index.
• 13 x 21, 7 cm. 320 pages.
• Isbn : 978-2-912222-39-8
• Tirage : 900 ex.
• Prix de vente public : 32 €.



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